jeudi 14 juin 2007

Roger Waters – Pink Floyd

Il y a des moments comme ça qui font en sorte que l'on peut mourir la conscience tranquille. J'étais trop jeune en 1993 pour aller voir le spectacle de Pink Floyd et l'apprécier lors de la dernière tournée qu'ils ont faite à Montréal et cependant, comment aurais-je pu ne pas aller voir ce groupe fétiche au moins une fois dans ma vie. Certains puristes me diront que Roger Waters n'est pas Pink Floyd, mais le cher bassiste était certainement le cerveau du groupe, le nom dont on se rappelle (sinon il y a Syd Barrett, mais bon).

Il y a quelques semaines, je reçois un courriel en apparence tout innocent qui me demande si je suis intéressé à me procurer un billet pour le spectacle de Roger Waters et ce à moitié prix. Je ne fais ni une ni deux, je saute sur MSN comme un loup affamé et je saute les politesses d'usage, je m'enquis de la date et de l'heure et je me fais réserver ce joyau d'une valeur inestimable. Le plus beau dans tout ça, c'est que je n'ai rien demandé, comme de quoi parfois, le hasard fait bien les choses.

Sur place, un peu fébrile, passablement endormi par la bande annonce qui me fait remarquer qu'il y aura un concert d'Hilary Duff (mais qu'est-ce que j'en ai à foutre) ainsi que plein d'autres inconnus qui ne font pas la différence entre de la musique et de l'argent, dont Justin Timberlake (oui, je sais, c'est carrément gratuit, mais ça me fait tellement plaisir). Bref, nous sommes assis depuis plus d'une heure à lorgner la scène, qui n'est qu'à quelques mètres de nous, lorsque finalement les lumières s'éteignent et le silence se dresse telle une nappe blanche pour apprécier une table qu'on garnit. Waters arrive sur scène avec un sourire probablement fait à des centaines de reprises, mais il est là de ça personne, présent d'esprit et certainement de cœur.

Le concert s'entame donc sur "In the Flesh" où on retrouve beaucoup de pyrotechnie et des notes fortes, la basse vient faire vibrer le sol, on décolle pour le psychédélique: Mother, Set the Controls for the Heart of the Sun, Shine on You Crazy Diamond (avec les photos de Syd Barrett, qui déchaînent les passions) et puis Have A Cigar. Deux mesdames d'une quarantaine d'années s'allument un joint à côté de mes amis et elles l'étouffent quelques minutes après, trop gênées d'assumer le geste.

Un des moments clef du spectacle survient alors avec la chanson culte de Pink Floyd, entendue au moins une fois à chaque occasion où quelqu'un amène une guitare: Wish You Were Here. Il y a ici quelque chose qui me glaçait le dos tellement c'était unique: le son quasiment original de cette chanson qui n'arrête pas de traverser les âges et le génération, le son unique de la voix de Waters, les briquets qui valsent comme la lumière d'une marche aux flambeaux, un capharnaüm de souvenir s'ouvre dans la voûte de ma mémoire. Il me semble que l'herbe du pays aurait ici eu un effet apaisant. Il y a quelque chose qui me dit que d'avoir vu la vraie version de cette chanson, après en avoir entendu l'imitation à la guitare pendant plus de dix ans, me donne le droit d'enfin l'apprécier à sa juste valeur. Ceux qui sont de vieux lecteurs de blogue se souviendront de ma critique de l'Australian Pink Floyd Tour, mais là, voir le vrai, c'était incroyable.

Notre ami Waters continue avec quelques unes de ses chansons à lui, dont une nouvelle qui m'a particulièrement marquée: Beyrouth, Liban (traduction libre, elle est nouvelle, ce n'est donc pas un sacrilège) qui raconte l'histoire de Waters à 17 ans qui avait eu un accident d'auto lors d'un road-trip et qui avait été surpris de l'hospitalité des gens là-bas. Simple, très post-moderne, mais dotée d'une sincérité à toute épreuve, cette chanson m'a touché. Un cochon qui défile dans la scène, un astronaute pendant Perfect Sense, il semble que rien ne manquait. La première partie se termine et arrive l'entracte: le spectacle recommencera avec Dark Side of the Moon.

Tous ceux qui ont déjà entendu l'album savent que c'est comme une sorte de rêve, une transe… et pourtant, avec la magie de l'écran, avec le vrai Waters sur scène, ce n'était plus un rêve, mais un delirium tremens. Je ne m'éterniserai pas avec cet album qui est l'un des plus intéressants qui m'est connu, simplement dire qu'avec la magie de la scène, c'était encore plus beau. Un petit bémol avec la chanteuse solo de "Great Gig in the Sky", moins impressionnant que l'Aussie show, car les notes piquaient moins haut, sa voix avait une portée moins impressionnante… cela ne l'a pas empêchée de faire bonne figure quand même.

Passe ensuite au rappel, on retrouve The Walls qui électrise l'audience qui l'attendait avec une impatience non-feinte. Pour terminer la chose en beauté, Comfortebly Numb est la chanson qui fait nos adieux et qui transpose, pour une dernière fois, la magie de la scène.

2 commentaires:

Mariefou a dit...

C'est incroyable, on se sent vibrer avec tes descriptions...!

J'ai un petit (gros) faible pour le Atom mother Earth suite!

Sanch a dit...

Je suis tout a fait d'accord avec toi, superbe concert, moi je l'ai vu à Cologne, en Allemagne. Mais sa pertation fut énorme aussi.